Entretien avec Brigitte Zana,
directrice de l'Explor@dome du Jardin d'Acclimatation

"Les centres de culture scientifique et technique et l'école : des projets communs pour développer l'apprentissage des outils multimédias"

Brigitte Zana a débuté sa carrière en 1970 en tant que professeur de sciences physiques. En 1981, parallèlement à sa nomination à l'Ecole normale, aujourd'hui IUFM de l'Académie de Versailles, elle a l'opportunité de participer à mi-temps à la création de la cité des sciences de la Villette comme conseillère scientifique et pédagogique pour la réalisation d'expositions pour les enfants. Elle y restera 10 ans.

En 1992, de retour à l'IUFM, Brigitte Zana devient chargée de mission pour la culture scientifique et technique auprès du directeur de l'IUFM. Elle a ainsi en charge la formation scientifique des professeurs des écoles. En 1996, lors du lancement de l'opération "la main à la pâte", elle devient, à la demande de l'inspection académique, relais entre l'IA et l'IUFM et suit plusieurs expérimentations de projets scientifiques.

En 1997, cette militante de la culture scientifique pose sa candidature – avec succès - auprès de M. Delacôte qui recherche une personne capable de manager le projet d'un exploratorium de 600 m2 au Jardin d'acclimatation du Bois de Boulogne. C'est ainsi que l'aventure de l'Explor@dome démarre en mars 1997.

L'Explor@dome du Jardin d'acclimatation a été ouvert fin décembre 1998. Sur quel concept repose-t-il ?

L'Explor@dome propose des expositions semi-permanentes conçues et réalisées par l'Exploratorium de San Francisco, des événements, des ateliers pédagogiques destinés aux élèves du primaire et aux enseignants qui ont besoin d'accompagnement pour les expérimentations scientifiques "mains dans le réel", mais également un espace multimédia: en accès libre, sous la forme d'ateliers "la tête dans le virtuel", ou encore de stages.

Au départ, il s'agissait de ne présenter que les éléments interactifs, base de l'Exploratorium, mais partant du principe qu'en France, le temps scolaire occupe la moitié de l'année et que l'Explora@dome est ouvert tous les jours, nous avons imaginé d'autres supports intéressant les élèves et les familles. L'outil multimédia étant encore peu développé à l'époque, il nous a semblé important d'en proposer au public : au lieu des 4 postes prévus à l'origine, nous avons démarré avec 12 IMac. Le projet a véritablement démarré en septembre 1997. L'Explor@dome a été ouvert en décembre 1998.

Aujourd'hui, notre équipe compte une quinzaine de personnes dont un responsable multimedia. Un professeur relais fait également l'interface entre l'Explor@dome et le milieu scolaire. La fréquentation augmente régulièrement : nous accueillons 50 % de scolaires et 50 % de familles ou d'individuels, ce qui correspond bien à notre vocation d'intervenir à la fois auprès de l'élève et de l'enfant.

Comment est née votre collaboration avec Accenture et CyberEcoles ?

Nous voulions monter un modèle économique qui ne repose pas uniquement sur des fonds publics. Il s'agissait de transformer le modèle américain de " non profit organisation " en une association à but non lucratif que nous avons appelé " Savoir Apprendre ", dont le président est Goéry Delacôte, directeur de l'Exploratorium de San Francisco.

Outre d'autres partenaires, comme Apple ou France Télécom, nous avons été mis en contact avec Accenture, fournissant un conseil méthodologique pour le projet. Leur intérêt grandissant, de sponsors, ils sont devenus de véritables partenaires.
En 1999 des CyberVolontaires d'Accenture nous ont aidés à élaborer le contenu des stages multimédias "La tête dans le virtuel" que nous souhaitions proposer au public : jeu interactif, cédérom, réalisation de pages web. Plusieurs réunions nous ont permis de monter ces projets ensemble. D'autres ont suivi, axés sur des événements particuliers : la Fête des grand-mères, la Fête de l'internet... Pour le projet des Netdays 1999, nous avons fabriqué un didacticiel d'autoformation à Internet par Internet.

Cette année, nous allons retravailler ensemble sur les Netdays, et monter des ateliers " Net plus ultra " que le service d'action scolaire et éducatif très dynamique du conseil général des Haut-de-Seine met en place dans les collèges pour les enfants en difficulté. Le site CyberEcoles, développé parallèlement à notre partenariat, retrace toute cette démarche.

Quels types de partenariats développez-vous avec des établissements scolaires ?

Certaines écoles ne viennent visiter l'Explor@dome qu'une seule fois, d'autres sont plus assidues, mais nous souhaitions mener une action approfondie avec un établissement scolaire.
Le projet " SLN " (Science Learning Network), soutenu par Unisys, nous en a donné l'occasion. Développé aux Etats Unis depuis plusieurs années, " SLN " associe un musée et une école pour développer des ressources sur le web, sur un site " www.sln.org " qui propose à la fois des méthodes pédagogiques et des contenus. En novembre 1997, les organisateurs ont souhaité élargir leurs actions au niveau international pour devenir " ISLN ", et, alors que l'Explor@dome n'existait encore que sur le papier, nous nous sommes intégrés au projet ! Chaque année, nous nous associons avec trois ou quatre autres musées (à Londres, Helsinki, Tokyo...) pour développer des ressources dans un domaine privilégié.

Suite à un appel à projet réalisé chaque année par l'ISLN, nous avons proposé un thème sur les structures, un domaine dans lequel nous proposons déjà des ateliers et des manipulations. Encore peu exploité sur le web, ce thème a été retenu.

C'est dans ce cadre que nous avons été amenés à travailler avec une classe de 5ème du collège Doucet situé dans une zone d'éducation prioritaire (ZEP) à Nanterre. Ils développaient un projet pédagogique axé sur l'environnement et l'architecture. Nous les avons accueillis au sein de nos ateliers et nous les avons aider à fabriquer un site web à partir de photographies numériques ou scannées.

Cette année, nous allons continuer à travailler avec cette même classe (désormais en 4ème) sur un journal vidéo en ligne qui associera 14 pays, dans le cadre des Netdays Europe, avec le soutien d'Apple Europe, de la Commission Européenne et d'Accenture.

Quels avantages apportent les projets communs entre les centres de culture scientifique et technique et l'école ?

Les enfants sont très motivés : les élèves du collège Doucet par exemple venaient le matin avec leurs enseignants et restaient l'après-midi à l'Explor@dome. Les enseignants ont souhaité continuer à collaborer avec nous cette année justement parce qu'ils ont trouvé que ce projet avait amélioré le comportement des enfants : tous participaient !

Créer un site a passionné les enfants, en particulier ceux qui sont le plus en difficulté car l'outil multimédia est valorisant. Leur confier des responsabilités, du matériel performant et attractif, représente également une preuve de confiance, d'encouragement à mieux faire. L'outil multimédia permet de se réconcilier avec l'écriture par l'intermédiaire du clavier, et démontre l'importance de la rigueur : la saisie d'une adresse électronique ou d'un site doit être précise, sous peine d'une sanction immédiate ! De plus, les potentialités des ordinateurs multimédias et d'internet sont encore si vastes que les enfants auront beaucoup plus de mal à devenir blasés, à l'inverse de la télévision !

A l'Explor@dome, nous n'avons pas de dégradation de matériels. La taille humaine du centre et la présence de personnel d'encadrement, les " faciliteurs ", prêts à guider les gens dans leurs démarches, à écouter leurs demandes y est certainement pour beaucoup.

Internet et plus précisément les outils multimédias peuvent-ils faciliter les partenariats entre l'école et les organismes de culture scientifique et technique ?

Nous partageons une mission commune : développer la culture scientifique et technique chez les jeunes ainsi que l'utilisation des technologies d'information et de communication. Aussi, mener des projets avec des écoles me semble indispensable.

En tant qu'enseignante, je me rends bien compte que les outils multimédias sont au service de "l'interdisciplinarité", de projets qui associent plusieurs disciplines, plusieurs classes, et donc pourquoi pas plusieurs partenaires. C'est un outil formidable pour communiquer et pour forcer les gens à communiquer ! Les résultats sont alors plus riches, plus vivants et ont plus de sens pour les enfants qui peuvent plus facilement construire des liens dans leurs apprentissages.

Si beaucoup d'enseignants sont encore bloqués par les contraintes matérielles et techniques d'équipement : salles, micro-ordinateurs, connexions, organisation du travail... ils vont devoir s'approprier cet outil dans leurs pratiques pédagogiques et développer des projets, ce que nous leur proposons à travers nos formations en cours du soir, ou nos ateliers. Avec le temps, cela deviendra sans doute une habitude. Pour le moment, les limites ou les contraintes de ces opérations de partenariat ne sont pas liées à la difficulté de trouver des établissements prêts à s'engager dans des projets, mais à celle d'organiser matériellement les conditions de travail : il faut dégager des créneaux horaires qui conviennent à tout le monde, ce qui n'a rien d'évident.

L'Explor@dome, comme d'autres organismes de culture scientifique, joue un rôle complémentaire à celui de l'école : il représente une opportunité supplémentaire pour faire connaître le monde aux enfants, ainsi qu'une aide aux enseignants auxquels nous apportons notre savoir-faire et nos ressources. De plus, nous agissons sur d'autres facettes de la vie de l'enfant : il nous rend visite avec ses parents, ou ses grands parents, ou encore dans le cadre d'activités de loisirs. Le même enfant profite ainsi de multiples occasions d'apprentissages.

Propos recueillis par Nathalie Le Garjean, Aphania.
© CyberEcoles, septembre 2000

Nom de l'interviewé
Brigitte Zana
Thème
outils multimédias, culture scientifique
Région-pays France
CyberVolontaires Oui
Contact

Jeanne Suhamy

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