Entretien avec Maurice
Guernalec,
conseiller aux TICE du recteur
de l'Académie de Rennes
Maurice Guernalec est conseiller aux
technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement
(CTICE) du recteur de l'académie de Rennes depuis 1998, après avoir
été chargé du dossier de la formation des enseignants aux technologies
d'information et de communication pendant quatre ans. Ces technologies
appliquées à l'enseignement (TICE) intéressent depuis longtemps
cet ancien enseignant de lettres-histoire en lycée professionnel
devenu formateur en informatique en 1981 après une formation à l'IFSIC-université
de Rennes 1. En tant que conseiller, la mission de Maurice Guernalec
est de suivre la mise en ouvre du plan académique de développement
des technologies d'information et de communication (TIC). Elaboré
avec de multiples responsables pédagogiques et techniques, ce plan
triennal "2000 - 2003", comprend un ensemble d'actions d'équipement,
de formation et d'animation permettant d'aider les enseignants et
les établissements scolaires, de la maternelle au lycée, à bien
utiliser les technologies d'information et de communication afin
de moderniser le fonctionnement du système éducatif.
Concrètement, que propose ce plan
académique de développement des TIC pour aider les établissements
et les enseignants à s'approprier Internet, les outils multimédias
et développer des projets pédagogiques ?
L'équipement informatique des écoles,
collèges et lycées relève des collectivités territoriales : communes
pour les écoles, conseils généraux pour les collèges et conseil
régional pour les lycées. À titre d'exemple, le conseil régional
de Bretagne consacre depuis deux ans plus de 20 millions de francs
par an à l'équipement des lycées. Cela représente 3500 ordinateurs
par an répartis dans environ 200 lycées publics, privés et agricoles.
C'est un effort assez considérable qui devrait se poursuivre encore
jusqu'en 2001. Dans les communes, on assiste à de fortes disparités.
Les municipalités interviennent à hauteur de leurs moyens et selon
leurs priorités : faire des travaux de voirie, par exemple, peut
être jugé plus urgent qu'acheter des micros ! Ces collectivités
assurent également le câblage en réseau des établissements.
Aujourd'hui, on estime à environ 60 % le pourcentage d'écoles connectées
à Internet, au moins en un point, (98 % dans les Côtes d'Armor).
Notre objectif est qu'il soit de 100 % dans moins de deux ans, ce
qui devrait se faire sans difficultés. L'achat des logiciels relève
plus de la mission de l'Education nationale, et les 9 MF du budget
TICE de l'académie y sont essentiellement consacrés, même si les
collectivités évoluent également et acceptent plus facilement aujourd'hui
d'y participer. Avant de négocier les marchés, nous expérimentons
des logiciels pédagogiques de langues, de dessin assisté par ordinateur.
mais aussi des matériels : scanners, appareils photos numériques,
imprimantes. Tous les résultats de ces tests sont mis en ligne sur
le site Internet de l'académie de Rennes www.ac-rennes.fr/TIC.
Ce sont des données intéressantes pour tous les enseignants et les
décideurs des établissements scolaires.
Derrière les machines, il y a des
enseignants qui doivent faire une démonstration à des élèves, rechercher
des informations pour préparer un cours. quelle assistance leur
proposez-vous pour les aider en cas de difficultés ?
Nous avons des réseaux de correspondants
dans chaque établissement - nous procédons actuellement à un renouvellement
des appels à candidature. Ce sont des personnes ressources : enseignants
bien sûr mais également personnels administratifs ou techniques
ou même chef d'établissement. En fait, il s'agit souvent de personnes
qui effectuaient déjà ce travail depuis plusieurs années et dont
les compétences ont été ainsi reconnues, ce qui est très bien. Ces
correspondants sont nos interlocuteurs privilégiés : ils sont abonnés
à une liste de diffusion d'informations, de conseils pratiques,
d'actualités : "arnet.ac-rennes.fr" et reçoivent un bulletin d'information
spécial TICE.
Nous proposons également un réseau d'assistance aux établissements
à travers treize "espaces ressources" répartis sur tout le territoire
breton. En cas de panne ou de difficultés avec un logiciel, des
assistants techniques interviennent aussi rapidement que possible
sur demande : nous avons mis au point des procédures par téléphone,
courrier électronique ou formulaires sur intranet. Cette année,
nous allons également proposer aux collèges et aux lycées une assistance
"métier" axée sur les documentalistes et les enseignants. L'idée
est d'être au plus près des préoccupations de ces personnes afin
d'instaurer une sorte de formation "tutorée" sur place. Nous connaissons
trop les failles d'une formation "hors contexte" qui ne peut être
parfaitement restituée dans son travail quotidien. C'est un essai,
nous en tirerons un bilan à la fin de l'année.
Enfin, depuis mai dernier, des animations TICE se déroulent dans
des centres départementaux ou locaux d'animation pédagogique (CRDP
- CLDP). Les enseignants de collèges ou de lycées, et même du premier
degré pour le département d'Ille-et-Vilaine participent à des ateliers,
des démonstrations, de conférences sur simple inscription en ligne
à tout moment. Ces sessions complètent le dispositif de formation
des enseignants proposé par l'IUFM de Bretagne (Institut universitaire
de formation des maîtres) avec lequel nous négocions un cahier des
charges spécifique "Technologies de l'information et de la communication".
30 % des moyens de la formation continue des enseignants y sont
consacrés.
Tout cela représente une cinquantaine d'emplois disponibles sur
toute l'académie pour aider les enseignants et les personnels des
collèges et des lycées à mieux appréhender les technologies d'information
et de communication.
Quels conseils apportez-vous à l'élaboration
de projets pédagogiques ?
Dans ce domaine, une rubrique "pédagogie"
créée sur le site académique
www.ac-rennes.fr/pedagogie, propose, discipline par discipline,
une démarche, des outils, des conseils, des expériences. Je vous
y renvoie utilement. Tout ce travail est élaboré par des enseignants,
des inspecteurs et des scientifiques avec l'aide de notre service
d'ingénierie pédagogique pour traiter les données et les images,
mettre en ligne des contenus, construire des systèmes. Parallèlement,
nous avons largement diffusé un guide d'équipement et d'usage des
TICE dans les premier et second degrés : "l'école en réseau" et
"les utilisations pédagogiques des technologies d'information et
de communication". Tous ces outils doivent apporter des solutions
techniques et pédagogiques concrètes à l'ensemble des personnels.
En terme de services sur internet,
l'académie de Rennes héberge dessites
d'établissements sur le site pharouest.ac-rennes.fr. 70 sont actuellement
en ligne, et 60 autres devaient les rejoindre dans le courant de
l'année.
"Bretagne, les racines du 21è siècle", une autre formule d'hébergement,
met en valeur des projets TICE des établissements axés sur le patrimoine
breton. Une trentaine de listes de diffusion institutionnelles ou
pédagogiques sont aussi ouvertes aux professeurs de technologie,
de lettres, de mathématiques, de sciences physiques. Seul les forums
ne suscitent pas encore beaucoup d'enthousiame.
Avec un tel dispositif, les établissements
doivent se sentir très rassurés. Pourtant les disparités sont encore
très fortes d'un lieu à l'autre. Quelles difficultés rencontrent
encore les équipes pédagogiques à l'heure actuelle pour développer
ces projets ?
Aujourd'hui, les chefs d'établissement
souhaitent recruter des "administrateurs de réseau". C'est un réel
besoin, mais il est conjoncturel. Ils sont également déjà confrontés
au renouvellement de leur parc machines, ce qui doit aussi être
traité en priorité. Enfin, l'arrivée récente en Bretagne du réseau
régional à haut débit devrait régler progressivement les problèmes
de vitesse de connexion trop lentes que rencontrent beaucoup d'établissements.
Selon moi, la véritable difficulté est le bouleversement des missions
de l'école, de sa structure, de ses métiers. Nous avons encore des
métiers anciens là où on nous demande des spécialistes du multimédia,
de la recherche documentaire sur Internet, de l'élaboration de séquences
pédagogiques utilisant les TICE. Je n'ai pas de réponse toute faite,
mais il me semble que nous devons tous réfléchir aux moyens de changer
les structures et les mentalités.
Demain, c'est l'élève lui-même qui recherchera ses informations
pour élaborer ses connaissances. Ainsi, pour étudier la seconde
guerre mondiale, il ne se contentera pas de regarder les documents
que lui présentera son prof d'histoire-géo : il ira lui-même chercher
les informations dont il a besoin dans les bases de données d'image
photo et vidéo de l'INA. Il doit apprendre l'autonomie dans son
travail. A ce titre, les travaux personnels encadrés (TPE) proposés
dans la réforme des lycées est un excellent terrain d'expérimentation
de cette technique dont on parlait déjà dans les années 75, avec
le programme national de travail autonome, mais à cette époque,
sans les TICE.
Propos recueillis par Nathalie Le Garjean.
© CyberEcoles, octobre 2000
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