Entretien avec Patrick Chéreau,
directeur d'EduKpolis

"EduKpolis est une cité interactive pour les enfants."

Créer une véritable "cité virtuelle", tel est le projet que propose aux écoles l'association EduKpolis, en partenariat avec La Poste, France Télécom et quinze autres sociétés. L'objectif est de développer l'esprit d'initiative et la créativité des enfants et des enseignants par l'écriture multimédia, de valoriser la production immatérielle, pour « dépasser le stade du jeu ou du surf pseudo-actif ». Parmi les trente écoles (collège et primaire) qui sont aujourd'hui en cours de production, un des projets les plus aboutis est celui d'Antibes, où un musée virtuel a été mis en ligne. Patrick Chéreau, directeur d'EduKpolis, explique le fonctionnement et les enjeux de cette opération ambitieuse qui vise à développer à la fois la créativité et la conscience citoyenne des élèves.

Pouvez-vous nous présenter EduKpolis et son projet ?

« EduKpolis est une association loi 1901 qui a son siège à Sophia Antipolis, dans la région de Nice, et qui compte de nombreux partenaires : La Poste, France Télécom, la CAMIF et Gemplus ainsi que onze autres sociétés (http://193.252.60.6/projet/membres.htm). Sa vocation est de développer l'esprit d'initiative de la communauté scolaire, professeurs et élèves, en exploitant toutes les ressources de l'écriture multimédia. A cette fin, elle propose à des écoles et à des collèges de créer une véritable cité virtuelle.

Cette cité virtuelle repose sur trois éléments : un lieu, une cité, une citoyenneté. Le lieu est soit réel soit virtuel : il peut être un espace numérisé (comme ceux mis en place par La Poste) ou un établissement scolaire. La cité en trois dimensions inclut une base de données (que les élèves vont alimenter eux-mêmes) et une apparence (conçue par les élèves, réalisée par Cryo, société productrice de jeux interactifs comme Versailles et Atlantis). Enfin, la citoyenneté comprend un droit de vote exercé au moyen d'une carte à puce (fournie par Gemplus) ainsi qu'une adresse électronique créée par La Poste ».

Quels objectifs éducatifs poursuivez-vous ?

« L'objectif est de développer une véritable citoyenneté par le biais de l'écriture multimédia, prise dans sa dimension politique, mais aussi dans sa dimension économique. L'individu adopte en effet trop souvent une attitude de consommateur par rapport au multimédia. En plaçant l'enfant en situation de producteur de contenu intellectuel et graphique, on souhaite lui faire prendre conscience de la valeur de la production immatérielle et de la propriété intellectuelle, qui constituent les principales caractéristiques essentielles de l'économie du XXIème siècle. Nous contribuons ainsi à les sensibiliser aux dommages que peut causer le piratage de logiciels ».

Vous avez ainsi créé une monnaie d'échanges ?

« Oui, tout à fait. Euro-K est une monnaie fictive pour laquelle nous avons
reçu l'accord de la Banque de France, partenaire du projet. Grâce à Euro-K, une véritable économie est créée au sein de la cité virtuelle, et l'ensemble des productions immatérielles sont ainsi valorisées. La valeur des productions de chaque élève est évaluée en fonction de son intérêt et de sa qualité. Au départ les élèves n'ont pas de capital, ils doivent faire preuve d'inventivité et vendre leurs propres productions : photos, écrits, musique. Ces productions seront ensuite intégrées à la base de données qui constitue une sorte de "marché virtuel". Ils pourront dès lors acheter des contenus à d'autres élèves, issus de leur propre école ou d'autres établissements scolaires qui participent au projet ».

Concrètement, comment fonctionne le projet ?

« Nous proposons aux écoles de les accompagner pendant un an dans la création de leur cité virtuelle en leur fournissant du matériel (hors ordinateurs et connexion), de l'ingénierie et de la formation. La cité en 3D est ensuite réalisée par des professionnels avec le concours des enfants. Trente écoles et collèges sont aujourd'hui en cours de production. Un des projets les plus aboutis est celui d'Antibes, où un musée virtuel a été mis en ligne. On peut, par exemple, visualiser dans l'une de ses salles un tableau montrant l'évolution de l'urbanisme d'Antibes, au travers de trois vues de la ville, prises à trois époques différentes. Ce site est accessible en ligne sur http://www.edu-k-polis.net/ : il nécessite le téléchargement d'un plug-in, mais une fois celui-ci chargé, une navigation en 3D est possible même si vous ne disposez pas de connexion à haut débit ».

Quel budget est-ce que cela nécessite?

« Le budget et son évaluation dépendent directement du projet et de sa plus ou moins grande complexité. Nous intervenons en parfaite complémentarité des collectivités, qui équipent les écoles en réseaux et ordinateurs, et des enseignants, qui ont besoin d'un soutien technique à la réalisation de leur projet pédagogique. Nous leur permettons de réaliser des projets de qualité faisant intervenir toutes les technologies de pointe disponibles à l'heure actuelle : 3D, bases de données, chat, moteur de recherche... Différents types de conventions sont alors envisageables avec les communes selon leur taille et leur niveau de motivation pour ce projet ».

Combien de commissions composent l'association EduKpolis?

- La commission "Ethique et pédagogie" réunit des enfants, des enseignants et des personnalités. Elle donne son avis concernant l'ensemble du fonctionnement d'Edu(k)polis sur le plan éthique.

- La commission "Simulation économique" réunit des enfants, des enseignants et des experts financiers. Elle établit, pour toute une année scolaire, les règles de fonctionnement d'un système de simulation économique à caractère pédagogique visant à encourager la qualité des productions. Elle en assure ensuite le contrôle et effectue les arbitrages éventuels.

- La commission "Technique et pédagogie" réunit des enfants, des enseignants et des spécialistes pour soumettre des propositions de création, d'adaptation ou d'évolution des outils techniques en fonction des usages.

Comment participer au projet EduKpolis?
Quelles sont les démarches à suivre?

Tous les écoliers et collégiens sont susceptibles de devenir des Cyber(K)ids, des enfants-producteurs multimédia. En s'inscrivant au Cyber(k)Club de leur établissement ou du centre extra-scolaire de leur région, ils recevront une carte à puce après avoir justifié de leur capacité à produire un HyperObjet. Cette carte leur permettra de participer aux activités réservées aux K-citoyens d'Edu(k)polis et de télécharger des contenus en haute-résolution.

Tous les enseignants de toutes les disciplines peuvent devenir des animateurs de Cyber(k)Clubs. Des stages organisés par les professionnels d'Edu(k)polis et des formateurs-enseignants sont proposés dans les communes ou départements ayant passé convention avec Edu(k)polis. Ces stages abordent les aspects techniques, pédagogiques liés à la production ainsi que la sensibilisation à la démarche qualité. Les stages sont complétés par des interventions sur site pour accompagner les enseignants et motiver les enfants-producteurs.

L'animation d'un Cyber(k)Club est particulièrement efficace si elle associe
enseignants et aide-éducateurs. Les premiers ont la responsabilité du contenu et de la démarche pédagogique alors que les seconds gèrent l'environnement technique de production. Edu(k)polis leur apporte une formation spécifique selon le type de convention passée avec la collectivité territoriale concernée et assure en plus une animation nationale du réseau des aides-éducateurs impliqués dans Edu(k)polis.

Les directeurs d'écoles qui sont volontaires pour lancer un Cyber(k)Club dans leur établissement doivent en faire la demande auprès de leur municipalité qui se met ensuite en relation avec Edu(k)polis. Différents types de conventions sont alors envisageables avec les communes selon leur taille et leur niveau de motivation pour ce projet.

Les principaux de collèges intéressés par la démarche de production en Cyber(k)Club doivent adresser leur demande auprès du Conseil général de leurdépartement, éventuellement dans le cadre du Foyer socio-éducatif du collège.
Après signature de convention, les modalités pratiques sont définies avec
chaque établissement, en particulier pour définir une éventuelle prise en compte de cette démarche dans le Projet d'Etablissement.

Les rectorats, les structures cddp/crdp ainsi que les corps d'inspection peuvent contacter Edu(k)polis afin d'étudier des modalités de collaboration entre le scolaire et l'extra-scolaire. L'objectif est de répondre aux recommandations du Ministère liées à "l'ouverture de l'école au monde extérieur" en créant localement une synergie de production bénéfique pour tous en garantissant une indépendance des acteurs (les productions réalisées en Cyber(k)Clubs sont stockées dans la base de données Edu(k)polis sans aucune exclusivité, ce qui autorise en particulier leur libre duplication sur les sites académiques).

Vous êtes une collectivité.
Les collectivités sont aussi "invitées" à équiper les établissements en
ordinateurs et à les connecter sur Internet... Pour éviter quelques déboires du
Plan IPT qui s'est soldé souvent par des ordinateurs neufs stockés dans un
placard, l'idée est d'assurer un double usage : sur le temps scolaire il appartient aux instances académiques d'encourager les TICE en liaison avec les programmes, mais sur le temps extra-scolaire et dans le cadre de l'aménagement du territoire, les collectivités ont liberté d'initiatives pour que les équipements soient utilisés de façon optimale. Edu(k)polis propose aux collectivités de mettre en valeur les productions de qualité réalisées sur leur territoire en bâtissant un Edu(k)Site dans le quartier appelé Edu(k)France. Cet Edu(k)Site entièrement réalisé en 3D porte le nom de la commune ou du département et propose des animations-expositions liées aux productions des CyberKids.

Toutes les structures concernées par l'éducation et plus particulièrement par l'apprentissage de compétences attendues dans les activités immatérielles sont invitées à participer à la construction d'Edu(k)polis. Chaque structure peut créer son propre "immeuble" en 3D dans le respect d'un cahier des charges intégrant quelques contraintes connues dans le monde réel (POS, loyer, type d'activité...) mais surtout offrant une grande liberté d'architecture et d'animations à caractère éducatif. Par exemple, ce lieu pourra proposer des banques d'images liées à l'activité de l'entreprise ou de l'association, des vidéo-conférences sur les métiers, mais aussi des jeux thématiques invitant les enfants-visiteurs à se promener dans Edu(k)polis avec une mission spécifique...

Propos recueillis par Olivier Devillers, Aphania .
© CyberEcoles, décembre 2000

Nom de l'interviewé
Patrice Chereau
Thème
multimédia, production, accompagnement
Région-pays France
CyberVolontaires Non
Contact

Jeanne Suhamy

Contact Edukpolis Patrice Chereau