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Richard Tronc, enseignant, est professeur de français au collège Le Laoul à Bourg Saint-Andéol, en Ardèche. Il a créé en 1997 le site web Zéro de conduite, qui, de simple site de collège, a su essaimer et trouver partenaires et adeptes jusqu'en Australie en produisant, de manière bénévole et indépendante, un site original, pédagogique et ludique à la fois, qui s'impose aujourd'hui comme une référence dans le paysage du web éducatif.
Lorsque je l'ai créé en 1996-97, c'était un simple site de collège. Le collège Le Laoul, qui accueille 620 élèves, est classé en Zone d'éducation prioritaire (ZEP) depuis la création de ce label en 1981. Le collège a été équipé d'un réseau par le Conseil général en 1997 ; nous avons aussitôt monté un club internet, puis commencé à publier les projets des professeurs et les travaux d'élèves. J'ai été tout de suite soutenu par notre chef d'établissement d'alors, Madame Perrot. Convaincue elle-même de l'intérêt pédagogique des TICE, elle m'a donné carte blanche. Mais nous avons aussi voulu faire un site plaisant, c'est pourquoi nous avons demandé aux élèves ce qu'ils auraient envie qu'on ajoute. C'est ainsi qu'on a créé des pages sur le cinéma, des jeux en Java, des astuces sur les jeux vidéo... A l'époque, on était hébergés par le serveur académique: cela n'a pas plu, on nous a demandé de partir...
A l'époque, vous savez, l'idée en haut lieu était plutôt de créer des sites de collège à l'identique, de manière un peu conventionnelle ! Depuis, ça a un peu évolué... D'ailleurs en fait ça tombait bien. Sur le serveur, on ne pouvait pas utiliser de scripts CGI, par exemple. Maintenant, je suis seul propriétaire du site.
Zéro de conduite ! n'est pas un site local. Vous savez, je n'ai pas grand-chose à voir avec l'Ardèche, moi je suis de Marseille ! Et nous avons vite vu les limites d'un site de collège. S'il s'agit de montrer son petit nombril, cela n'a aucun intérêt, et on ne pouvait guère lancer des projets intéressants dans ce cadre-là. Mais le collège a toujours son site sur le serveur académique, et certains éléments transitent d'un site à l'autre. Nous avons surtout cherché à développer le côté langues, car on a vite vu qu'il y avait une réelle demande. Et puis, ce qui va avec, les correspondances d'élèves. Nous avons aussi une liste de diffusion sur les TICE, avec plus de 600 abonnés, surtout des professeurs de la France entière. Quant à la base de données de correspondance scolaire courriel@school, elle a 750 inscrits.
Les gens viennent de partout sauf de Grande-Bretagne ! Dans le projet en langue anglaise, "Newsletters around the world", il y a 350 classes d'inscrites, d'Australie, des Etats-Unis, du Canada... Mais seulement une dizaine du Royaume-Uni. Nous avons aussi des Espagnols, un peu d'Amérique du Sud... De toute façon maintenant on refuse du monde : au-delà de 400 classes, cela devient trop lourd à gérer.
Je me suis formé sur le tas ! J'ai commencé à m'intéresser aux ordinateurs à l'époque du Plan informatique pour tous, et, depuis, j'ai mis les mains dans le cambouis, j'ai appris, j'ai appris... On n'est guère plus de six ou sept à travailler sur le site, et pas toujours les mêmes. Y compris à l'étranger : c'est un Américain qui nous fait les pages espagnoles et j'ai aussi un correspondant italien.
D'abord c'est un passage obligatoire
: ils seront obligés de s'en servir plus Mais comme c'est dans le cadre d'une
correspondance avec des classes du monde entier, et que les profs
et les élèves d'Australie par exemple vont utiliser en classe les
textes qu'ils produisent, ils ont l'obligation d'arriver à quelque
chose de propre et de correct. Et puis la publication est valorisante,
d'autant qu'ils voient bien ce qu'ont réalisé les classes des années
précédentes, d'où un certain esprit de compétition... Du coup, ils
font un travail énorme sur la langue sans avoir l'impression de
faire du français !
Beaucoup en fonction des demandes. Nous avons commencé à développer le secteurs langues lorsqu'on a vu que des étrangers venaient sur le site... et l'utilisaient ! En ce moment le vent est aux correspondances, les gamins sont très demandeurs. Et aussi à l'appariement d'établissements, un en France, un en Grèce par exemple. En fait nous prenons tout ce qui nous paraît intéressant sur le plan pédagogique. C'est d'abord quelque chose qui nous sert dans notre pratique quotidienne, ce sont nos élèves qui en profitent d'abord, mais nous sommes heureux d'en faire profiter les autres. Ce qui a été un peu abandonné, c'est tout ce qui est travaux d'élèves, que l'on publie plutôt sur le site du collège, plus institutionnel. Quant au côté ludique de Zéro de Conduite, j'aimerais demander aux élèves, l'année prochaine, de présenter des jeux, d'en faire la critique, puisque ça les passionne.
Je reproche souvent aux collègues
leur esprit "fonctionnaire". Quand je suis arrivé il y avait trois
ordinateurs, moi je passais pour Roboprof ! Les TICE n'avaient pas
encore le vent en poupe. Aujourd'hui ça a changé mais beaucoup demandent
que tout leur soit livré clés en main. Bien sûr, les vieux profs
qui connaissent leur métier, dont les cours fonctionnent, n'ont
pas de raison de changer. Mais je trouve que les jeunes sortant
de l'IUFM sont plutôt frileux : ils font ce qu'on leur a appris,
sans chercher à innover. C'est d'ailleurs la même chose avec Zéro
de conduite ! Les gens qui viennent sur le site trouvent que ce
qu'on fait est formidable, mais ça leur donne trop peu envie de
nous imiter. C'est dommage. Propos recueillis par Sylvain Jouty, Aphania.
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