Entretien avec Jacques Richard,
directeur du CRDP de Versailles

« Nous en sommes restés à un lycée de type napoléonien, dont l'architecture n'est pas adaptée aux nouvelles technologies »

Jacques Richard est directeur du CRDP de Versailles et conseiller auprès du recteur de l'Académie de Versailles pour les TICE. Sa carrière a été variée puisqu'il a été successivement instituteur, professeur, conseiller en formation continue avant de rejoindre le CRDP ; il a également passé douze ans en Afrique où il a été impliqué dans des projets de radio et de télévision éducative.

Le CRDP de Versailles paraît d'un grand dynamisme dans la mise en ouvre des TICE.

Il faut commencer par dire que l'Académie de Versailles est, avec un million deux cent mille élèves, la première de France en terme de taille : c'est à peu près du niveau de la Norvège ou du Danemark ! Nous regroupons le dixième des élèves français et cela induit une autre spécificité, qui est que nous avons moins de moyens que d'autres par rapport au nombre d'élèves. C'est pourquoi, dès 1993, nous avons mutualisé les moyens plutôt que de laisser se multiplier les structures concurrentes.

Maintenant, pourquoi mettre l'accent sur les TICE ? Le CRDP a trois missions fondamentales : la documentation, l'édition et la commercialisation. Or les TICE sont aujourd'hui au carrefour de toutes les évolutions pédagogiques. Nous avons de la part des professeurs une très forte demande d'accompagnement, et notre rôle est donc de fournir aux enseignants le « confort technologique » qui leur permettra de faire aboutir leurs projets pédagogiques.

La première chose que j'ai faite a été de mettre en place une équipe. En matière de nouvelles technologies, il y a de plus en plus de spécialités et nul ne peut prétendre aujourd'hui tout maîtriser, les compétences sont spécifiques. Mon objectif a donc été de créer ce socle de base, et de faire du management, tout en ayant, bien entendu, des connaissances suffisantes pour savoir de quoi on me parle. En la matière j'ai été formé sur le tas et c'est quelque chose de très important.

Vous commercialisez depuis peu un logiciel nommé « i-TPE ». De quoi s'agit-il ?

Je suis de très près ce qui concerne les travaux pratiques encadrés, les fameux TPE, qui sont à la fois emblématiques de l'évolution pédagogique en cours et assez médiatiques. I-TPE est un logiciel qui donne aux élèves les moyens d'aborder les TICE, l'Internet sans s'y perdre, en organisant les documents qu'ils y trouvent. C'est à la fois un navigateur Internet et un carnet de notes. Notre activité d'éditeur doit être complémentaire de celle des maisons d'édition privées, mais nous proposons encore peu de produits multimédias. Notre travail est plus axé directement sur l'Internet.

Par la création de sites ?

Oui, en essayant notamment de correspondre aux besoins. La fréquentation est considérable. En janvier dernier le site de l'Académie avait été consulté par 250.000 personnes, c'est considérable et cela augmente sans cesse : nous en serons à 280.000 en mars. Nous travaillons beaucoup à l'améliorer dans l'ergonomie comme dans le contenu. Il possède deux axes importants : la pédagogie pure et les sites d'établissements.

Pour le moment ce qui concerne l'enseignement du premier degré est trop
dispersé et pas assez visible. Notre préoccupation est aussi que le site ne
soit pas destiné qu'aux profs. Ainsi nous souhaitons développer des rubriques non professionnelles à l'attention des parents d'élèves, afin de leur expliquer du mieux possible les évolutions pédagogiques en cours. C'est difficile, il faudra essayer de trouver le langage adéquat, sans trop recourir au jargon pédagogique.

On a l'impression en effet que les serveurs académiques n'ont généralement pas prévu grand-chose à l'usage des parents ou des élèves.

Internet est quelque chose qui est en train de casser les systèmes de communication traditionnels. Avant, les informations académiques restaient internes, maintenant elles sont largement disponibles. Les parents sont comme les autres, ils ont besoin d'information, et ils ont compris la puissance d'Internet en ce domaine. Nous avons envisagé de faire des entrées différentes par type d'utilisateur, profs, parents, élèves. Mais c'est quelque chose d'assez compliqué et surtout de difficile à gérer au quotidien. Mais on peut, on va trouver des solutions !

Et du côté des élèves ?

Il faut en priorité leur permettre de travailler avec les TICE, et donc leur donner une adresse électronique. C'est comme vous le savez un point qui est en cours d'élaboration, mais ce n'est pas simple lorsqu'on a affaire à plus d'un million d'élèves ! Mais au-delà, je crois que le problème de fond tourne autour de la citoyenneté : il s'agit d'apprendre aux élèves à utiliser de manière citoyenne ces nouveaux moyens de communication. Prenez par exemple la question des sites pornographiques ou violents. On peut bien sûr essayer d'en bloquer l'accès, mais on ne règle pas le problème. C'est la même chose pour les messages incivils ou les hackers. Dans Internet, le contrôle se fait a posteriori, d'où la nécessité de l'apprentissage d'une discipline, qui doit se faire au niveau des professeurs. C'est en ce sens qu'il s'agit d'une démarche de citoyenneté.

Au-delà, la formidable richesse d'Internet doit permettre aux élèves d'acquérir une autonomie : aider l'élève à trouver et à classer l'information, utiliser les ressources du CDI, les banques de données, etc.: les TPE, ce n'est pas autre chose ! Je crois qu'aujourd'hui les enseignants ont pris conscience de la nécessaire évolution des pratiques.

Mais tout cela n'est-il pas déstabilisant pour les professeurs ? Est-ce qu'on ne leur demande pas de changer de métier ?

Attention, il ne faut pas me faire dire que les TICE vont remplacer le rôle traditionnel du professeur ! D'abord on aura toujours des salles de cours classiques, même si on trouvera, en plus, des salles multimédia. Je crois qu'au contraire le professeur aura plus encore qu'avant de l'importance. La différence sera qu'il ne sera plus la seule source d'accès au savoir, que ces sources seront multiples, et qu'il aura pour nouvelle mission d'orienter
l'élève dans cette multiplicité. C'est toute la difficulté : l'évolution d'un métier, pour des professeurs qui sont confrontés par ailleurs à bien d'autres problèmes, tel celui de la violence et des incivilités.

Où en est l'Académie de Versailles en ce qui concerne l'équipement des établissements ?

Le Conseil Régional fait un gros effort, et nous travaillons aussi en coordination avec les Conseils Généraux. Ceux-ci sont restés d'abord assez réservés mais depuis trois ans ils ont compris l'enjeu. L'aide de l'État est également considérable, et la mutualisation de ces trois types de crédits nous permet de ne pas avoir trop de problèmes matériels. En réalité les problèmes sont ailleurs. Une question dont on n'avait guère pris conscience auparavant, par exemple, est celle de l'architecture des établissements : sans évolution de celle-ci, une évolution des pratiques n'est guère possible. Est-ce que les classes sont assez grandes pour accueillir quinze ordinateurs, est que l'espace du CDI est adapté ? Nous en sommes restés, au fond, à un type de lycée que je nommerai volontiers napoléonien. Les réformes en cours annoncent la mort de ce lycée, mais il y a un travail de fond à effectuer, avec les collectivités et le rectorat, afin que l'architecture s'adapte elle aussi. Je crois que c'est important.

Par ailleurs lorsqu'un établissement a une demande d'équipement, c'est qu'il a projet. Il faut qu'on l'expertise, il faut qu'il y ait un travail avec la Région pour le valider, il faut ensuite voir l'équipement en fonction du budget, les élus doivent donner leur avis... Il y a donc un décalage de huità douze mois. Et puis l'informatisation implique aussi des besoins nouveaux : il faut des personnes ressources dans les établissements, donc des postes. Tout ceci ne peut se faire d'un seul coup, c'est une question de montée en puissance et de généralisation.

Pouvez-vous nous tirer un petit bilan des journées «Enseignement et Multimédia » qui se sont déroulées en février ?

Celles-ci avaient lieu pour la première fois au CNIT de la Défense, et nous avons été, à vrai dire, un peu déçus du résultat : nous n'avons pas eu moins de monde, mais pas plus non plus qu'à Versailles ! Mais en terme de professionnalisation, nous avons montré que nous savions mettre en route un salon, avec ce que cela suppose de problèmes d'organisation, de finances, de partenariat. C'était l'objectif essentiel.

Par ailleurs nous sommes dans une période ou on demande beaucoup aux enseignants. Ils ont des réunions, des séances de travail sur toutes les évolutions pédagogiques. Un salon généraliste n'a pas forcément la même résonance. Il faut peut-être qu'on l'oriente autrement pour que les enseignants viennent plus nombreux. Il y a tout de même une évolution : cette année beaucoup d'élèves et quelques parents sont venus. Cette manifestation est en passe de devenir une référence. L'année prochaine, nous allons chercher un élément fédérateur.

Propos recueillis par Sylvain Jouty, Aphania.
© CyberEcoles, mars 2001

Nom de l'interviewé
Jacques Richard
Thème
documentation, commercialisation
Région-pays France
CyberVolontaires Non
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Jeanne Suhamy

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