Entretien avec François Jarraud,
rédacteur en chef du Café pédagogique
François Jarraud, professeur d'histoire-géographie,
dirige le tout nouveau "Café
pédagogique", qui est sans doute, par son contenu et sa qualité,
l'un des magazines pédagogiques en ligne les plus importants. Il
s'occupe également des Clionautes,
une association de professeurs d'histoire-géographie qui a pignon
sur Internet.
Comment a débuté votre intérêt pour
les nouvelles technologies?
C'est déjà une vieille histoire !
Au départ je suis un littéraire, l'informatique n'était a priori
pas mon truc. Au milieu des années 80, j'ai compris que l'ordinateur
pouvait devenir un formidable outil de communication : il y avait
déjà à l'époque, avant Internet donc, des serveurs télématiques
aux normes internationales : les BBS. J'ai animé, avant les Clionautes,
un BBS éducatif qui a duré jusqu'en 1996. Avec l'arrivée d'Internet,
les BBS avaient fait leur temps. Les Clionautes sont nés alors,
et se sont transformés en association en 1998 : nous avionsfondé
une communauté virtuelle, et nous avons éprouvé le besoin de nous
rencontrer pour de vrai.
Ca, c'est le côté Clionautes. Et l'histoire
du Café pédagogique ?
Le « Café » est récent, mais il a
été précédé par EPI.net, né en 1998. L'objectif était d'amener l'EPI,
c'est-à-dire l'association Enseignement Public et Informatique,
sur Internet. La lettre électronique Epinet s'est développée très
rapidement avec le soutien d'une équipe qui est encore celle du
« Café ». Avec elle nous sommes arrivés au premier rang des magazines
pédagogiques électroniques, cela simplement par le bouche à oreille.
Puis il y a eu le différend et la séparation d'avec l'EPI, sur laquelle
je ne tiens pas à m'étendre. En fait, cet épisode nous a permis
de rebondir. Nous avons été énormément soutenus : si nous n'avions
pas reçu des centaines de messages d'encouragement, nous n'aurions
pas eu le courage de continuer !
Notre idée de départ était de créer
une communauté, et celle-ci a répondu présent. Nous avons eu énormément
de problèmes pour reparaître mais nous avons pu nous appuyer sur
des amis solides. Aussi à quelque chose malheur est bon, car cette
aventure est l'occasion d'améliorer le contenu et la présentation
du magazine. D'ores et déjà l'impact du Café pédagogique est, d'après
moi, supérieur à celui d'EPI.net.
Parlons justement du contenu...
Le but du Café pédagogique n'a pas
changé : il s'agit de rendre compte des travaux d'enseignants liés
aux nouvelles technologies et plus largement de soutenir l'innovation
et de mutualiser les expériences dans le primaire et le secondaire.
Nous rendons compte des initiatives
concrètes des enseignants, même quand elles sont modestes. Nous
donnons la parole aux professeurs eux-mêmes. Il y a en effet beaucoup
d'initiatives, pas toujours très structurées, mais ce côté bouillonnant
est une richesse. Un numéro du « Café » c'est d'abord une partie
sur l'actualité professionnelle (le B.O. etc..) et les nouvelles
« bonnes adresses » que nous avons repéré sur Internet.
Au total 300 à 400 sites éducatifs
sur Internet dans toutes les disciplines sont évalués et décrits
dans chaque numéro du « Café ». Le magazine propose également des
comptes-rendus d'ouvrages, l'interview d'un acteur de terrain sur
ses pratiques et un article pédagogique plus fondamental qui donne
la parole à un chercheur.
Précisément : vous menez à bien, bénévolement,
un travail qu'on peut considérer d'utilité publique pour les professeurs.
Ne serait-ce pas au Ministère de l'accomplir ?
Dans l'optique française, le Ministère
ne pourrait pas faire l'équivalent. Quand il mentionne un site internet
ou une initiative pédagogique, il les valide. Nous n'avons pas et
ne voulons pas avoir cette responsabilité. Je crois que si le Ministère
faisait ce que nous faisons, ce ne serait pas très bien compris.
Mais il pourrait vous aider...
Pour le moment nous n'avons rien
demandé. Le cas échéant, nous accepterions une aide ! Mais nous
voulons aussi garder notre ton et notre indépendance. D'ailleurs
il ne faut pas tout attendre du Ministère. Les profs peuvent et
doivent être les moteurs de leur propre changement.
C'est aussi peut-être que l'utilité
réelle des TICE est parfois remise en question...
C'est une vaste question ! Personne
ne peut prouver que les nouvelles technologies apportent un gain
pédagogique quantifiable (voir Le Café numéro 1). Cependant il y
a tout de même des avantages évidents.
D'abord, il y a des disciplines pour lesquelles l'usage des TICE
est devenu indispensable. En géographie, par exemple, des exercices
de discrétisation cartographique ne peuvent guère être envisagés
sans ordinateur.
De manière plus fondamentale, les TICE
modifient le rôle des élèves et du professeur dans l'acquisition
des connaissances. Les élèves y gagnent en autonomie, en regard
critique. Il y a un effet de remotivation, de recherche, des élèves
comme des profs qui, en lui-même, est très positif. Si certains
enseignants craignent les nouvelles technologies, beaucoup d'autres,
notamment chez les jeunes, s'y intéressent.
Le problème c'est la généralisation
et le passage de l'usage personnel aux activités en classe. Cet
intérêt est aussi manifeste chez les élèves. Alors, pour une fois
que profs et élèves ont un intérêt commun, autant en profiter !
Parlons justement des élèves. En quoi
les TICE sont-elles pour eux si importantes ?
Pour plusieurs raisons. Si on amène
les élèves à reformuler les connaissances, les nouvelles technologies
sont un très bon support pédagogique. Mais il y a un autre aspect
: elles permettent d'amener l'école sur le chemin de la société.
Grâce à elles on peut montrer par exemple aux élèves que la géographie
ne consiste pas à apprendre par coeur des listes de villes ou de
je ne sais quoi, mais à s'occuper de vrais problèmes, concernant
les « vrais gens ». Les nouvelles technologies donnent le moyen
d'entrer en contact et faire communiquer les élèves avec le monde
extérieur, dans un cadre organisé par l'enseignant, et de donner
du sens aux apprentissages.
Comment voyez-vous l'avenir du Café
?
Nous restons dans l'optique d'un
mouvement associatif. Comme le magazine croît en volume rédactionnel,
et qu'au fond les profs de SVT ne s'intéressent pas forcément aux
initiatives en langues anciennes, nous nous orientons vers un magazine
« à la carte », où chacun peut choisir de s'abonner aux chapitres
qui l'intéressent.
Actuellement il y a une dizaine de
formules d'abonnement différentes au « Café ». Et puis nous voulons
faire des dossiers thématiques, ce qui nous était demandé depuis
longtemps. Le prochain numéro, le 1er mai, comportera un dossier
sur le baccalauréat et le soutien aux candidats. Le numéro suivant,
des articles sur les nouveaux outils informatiques d'aide à l'enseignement.
Mais le Café est plus qu'un magazine.
C'est un point de rencontre et nous
allons évoluer sur ce terrain développant de nouveaux outils de
communication entre enseignants de façon à matérialiser la communauté
virtuelle que nous formons avec nos lecteurs.
Cependant vous vous occupez personnellement
non seulement de la rubrique histoire-géographie mais aussi de la
philosophie, de la pédagogie... Cela doit représenter un travail
phénoménal !
Pour quelques disciplines, dont la
philosophie, nous n'avons pas encore trouvé de collaborateur régulier.
Mais le Café résulte d'un travail d'équipe. Nous sommes aujourd'hui
une douzaine, profs « de terrain » et chercheurs de grande renommée
comme Serge Pouts-Lajus ou Bruno Devauchelle. Ce sont tous des passionnés.
Par exemple, Robin Delisle enseigne le grec ancien via les newsgroups
Internet. Christine Reymond et Pascale Lambert-Charreteur, l'excellente
webmestre du « Café », publient depuis des années des magazines
électroniques. Mais tous sont à citer : que de talents !
Propos recueillis par Sylvain Jouty,
Aphania.
© CyberEcoles, avril 2001
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Nom
de l'interviewé |
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François Jarraud |
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Thème |
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| Région-pays |
France, Ile-de-France, Paris |
| CyberVolontaires |
Non |
| Contact |
Jeanne
Suhamy
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| Adresse
du site Internet |
Le
Café pédagogique
Clionautes
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