Entretien avec Eric Le Marois

La pédagogie par simulation, avenir de la formation ?

Vidéo 1 : La simulation
dans la formation des adultes

« un nouvel outil pour apprendre à apprendre »

Eric Le Marois est Directeur délégué chez Accenture, spécialiste des sujets du e-learning et de la formation. Dans ce cadre, il a passé deux ans à l’Université d’entreprise d’Accenture à Chicago, où il a pu travailler avec des chercheurs en sciences cognitives pour construire des programmes de formation. Ceux-ci sont à la base destinés aux entreprises privées (commerciaux devant promouvoir de nouveaux produits, ingénieurs devant utiliser de nouvelles techniques), mais ils peuvent aussi être utilisés dans la pédagogie courante. Il nous l'explique, à travers cinq grands axes :

- la simulation dans la formation des adultes (vidéo 1)
- l’application en entreprise (vidéo 2)
- l’application à l’école (vidéo 3)
- les logiciels de formation (vidéo 4)
- les exigences et compétences requises (vidéo 5).

La simulation

Le principe général en est la simulation : on sait l’usage des simulateurs de vol dans la formation des pilotes de ligne. Cette technique pédagogique fait porter l’accent sur la motivation : on donne d’emblée à comprendre la pertinence de l’enseignement délivré, son utilité. De plus, en plaçant l’enseignement dans un contexte précis, elle joue sur le rôle de la mémoire, dont on sait qu’elle fonctionne sur l’indexation, c’est-à-dire se met en marche dans les contextes similaires. Enfin, l’apprentissage se fonde sur l’erreur : car les chercheurs ont pu observer que le cerveau fonctionne en se représentant l’avenir et c’est à partir du moment où les choses ne se produisent pas comme prévu que sortant de sa torpeur naturelle, il est prêt à apprendre. Il s’agira donc de produire les erreurs afin de solliciter l’esprit.

Ces trois principes : motivation par le contexte, indexation de la mémoire et apprentissage par l’erreur, sont au fondement de la pédagogie de simulation.


Vidéo 2 : L’application en entreprise

Vidéo 3 : L’application à l’école

Applications

Cette méthode est d’ores et déjà appliquée aux USA. Par exemple, pour apprendre la génétique aux enfants, on substituera au cours ex cathedra et abstrait une mise en scène et un jeu de rôle : l’élève est le docteur qu’un couple en mal d’enfants vient consulter, et à partir des questions posées il consulte une base de données contenant le cours dogmatique. Ou bien, il apprendra la géographie, non en ingurgitant de force une carte du pays mais en préparant le trajet idéal de la tournée d’un groupe de rock...

De même, les adultes qui doivent se former à la gestion d’entreprise ou le "coaching", commencent par le "cas d’école", et s’inscrivent dans un programme de simulation, qui contient deux types d’entrée possibles : par la théorie (base de données), par la pratique (simulation). Ainsi le commercial devra apprendre à découvrir le besoin du client (pratique) avant de le motiver en lui présentant (théorie) les avantages du produit. La "culture de l’erreur" lui donne un savoir-faire en même temps que le savoir.

Vidéo 4 : Les logiciels de formation


Vidéo 5 : Exigences et compétences requises

Enjeux et compétences

On conçoit dès lors que la conception d’un logiciel réclame toute une collaboration de compétences multiples : celle de l’enseignant qui maîtrise le contenu de base, celle du praticien qui imagine les programmes, celle des techniciens qui les réalisent. Aux USA, les lycées commencent à utiliser certains modules, mais il reste un retard entre le privé et le public, en raison de la traditionnelle barrière qui sépare l’Ecole et l’Entreprise, et du fait que tout le monde n’est pas convaincu de l’utilité de la méthode, tout en s’inquiétant de ce que devient dans une telle pédagogie le rôle de l’enseignant. Enfin, un bon simulateur est un vrai logiciel, compliqué à concevoir (car il faut prévoir toutes les réactions possibles, leurs effets temporels à plus ou moins long terme, toute l’arborescence des situations possibles), et demande un budget important, et donc un marché important (comme celui qu’ont déjà les jeux vidéos, dont ils sont inspirés).

Avantages et perspectives

Les avantages de l’outil sont pourtant manifestes : l’enfant peut apprendre juste ce dont il a besoin et à son rythme, et s’il est en difficulté, se sentira en sécurité, mieux que devant une classe ordinaire. Quant au maître, et à la classe, ils ne sont pas à proprement parler menacés, mais doivent plutôt repenser leur fonction. Au terme d’une séance de simulation, le groupe d’adultes se retrouve ("debriefing") pour faire le point, mettre en commun les expériences, réfléchir a posteriori sur ce qui a été appris et surtout sur la manière dont on a appris. Tel serait le rôle du professeur de demain : non plus délivrer un savoir abstrait du haut de sa chaire, mais aider à penser les procédures d’apprentissage.

© CyberEcoles, A.S., novembre 2003

Nom de l'interviewé
Eric Le Marois
Thèmes
formation TICE, informatique et pédagogie, politique d’équipement
Région-pays USA
CyberVolontaires Non
Contact

Jeanne Suhamy

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