Prendre des précautions juridiques
lors de la création de contenus web

Sommaire

Cas général
Cas particuliers
Conclusion
Liens utiles


Cas général

Une idée n'est pas une oeuvre. Est oeuvre ce qui est empreint d'originalité et concrétisée formellement.

Une oeuvre est protégée par le droit d'auteur. Sauf en cas d'utilisation strictement privée, elle ne peut pas être utilisée sans l'autorisation de l'auteur, même pour exploitation à des fins pédagogiques et à titre gratuit.

Cette autorisation d'exploitation doit être écrite. En cas de conflit, c'est l'utilisateur de l'œuvre qui doit apporter la preuve de l'autorisation d'utilisation.

Cette autorisation d'exploitation doit concerner explicitement l'utilisation souhaitée.

Le droit d'auteur est démembrable. L'utilisation d'une œuvre met en jeu le droit d'auteur à chaque nouveau public touché et pour chaque mode d'utilisation distinct.

Le droit d'auteur se décompose en droits patrimoniaux et droits moraux

Les droits patrimoniaux se décomposent en droit de reproduction et en droit de représentation. Ce sont ces droits de reproduction et représentation que négocie l'utilisateur.

Reproduire consiste à fixer matériellement l'œuvre par un procédé permettant de la communiquer au public. Numériser et intégrer une œuvre sur le Web sans l'autorisation préalable de son auteur constituent des atteintes à son monopole de reproduction.

Représenter consiste à communiquer l'œuvre au public. La mise en ligne d'une création sans autorisation de l'auteur, constitue une violation de son droit de représentation.

Le droit moral a pour objet de garantir à l'auteur le respect de son œuvre.

Le droit à la paternité qui permet à l'auteur de voir son nom et ses qualités portés sur sa création.

Le droit au respect de l'œuvre (intégrité et esprit initial de l'œuvre) qui vise à protéger l'œuvre de dénaturation, modification, altération, ou même simplement sortie de son contexte.

Le droit de repentir qui permet aux auteurs d'anéantir le contrat de cession de leur droits d'auteur.

Ce droit moral est perpétuel, inaliénable et imprescriptible. Il peut être revendiqué par les héritiers de l'auteur.

Certaines utilisations de l'œuvre ne nécessitent pas l'autorisation de l'auteur

. L'œuvre est utilisée dans un cadre privé. L'intranet d'un établissement n'est pas un cadre privé.

. L'exception pour courte citation suppose que les citations soient courtes et justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'œuvre à laquelle elles sont incorporées. Elles ne sont autorisées que sous réserve de mentionner le nom de l'auteur et de la source dont elles sont issues.

Le droit de citation ne concerne que les œuvres littéraires, pas les œuvres d'art et audiovisuelles.

. Lorsque les oeuvres sont tombées dans le domaine public. En France, les droits de l'auteur arrivent à l'expiration 70 ans après la mort de l'auteur.
. Lorsque les oeuvres ont été mises volontairement par l'auteur ou ses ayants droits (héritiers) à la libre disposition du public à des fins de reproduction et/ou de diffusion.

A signaler que les documents officiels (règlements, les lois, … hors documents administratifs) sont par nature à la libre disposition du public.

En synthèse, les cas d'exemption sont peu nombreux. Mieux vaut demander des autorisations et payer des redevances si nécessaires.

Etre honnête se mérite !

Il faut détecter les œuvres

Nous baignons littéralement au milieu d'œuvres plus ou moins évidentes : art, littérature, images, illustrations, … mais aussi annuaire d'adresses, logiciel, éclairage d'édifices, rythme musical, carte géographique, police de caractères, traduction, titre, mise en forme de données brutes, noms de personnages, cours des professeurs, …

L'œuvre peut incorporer une œuvre préexistante. Un exemple d'une telle œuvre composite consiste en une photographie comportant une œuvre. Il faut alors obtenir les droits d'auteur de l'œuvre photographiée et du photographe. A moins que l'œuvre qui a été photographié ne soit pas le sujet principal de la photographie !

L'originalité, à la source de la notion d'œuvre, ne peut relever que d'une appréciation subjective et, en cas extrêmes, de la conviction du juge. Il faut donc réfléchir, analyser le contenu de son site.

Il faut trouver les détenteurs des droits

L'auteur, personne physique est en principe le seul titulaire des droits d'auteur.

Mais l'auteur peut :
· les avoir cédés à un éditeur, à un producteur. Ces contrat de cession de droits n'englobent pas nécessairement les droits que nous souhaitons acquérir sur la période de temps donnée…
· avoir confié la gestion de ses droits à une société d'auteur, chargée de contrôler l'utilisation des œuvres, de percevoir et de répartir les rémunérations dues à l'auteur.

Il faut tout autant respecter les « droits voisins du droit d'auteur ». Les droits voisins d'une œuvre musicale concerne ainsi les droits des artistes et interprètes et celui du producteur de phonogramme (personne responsable de la première intégration de l'œuvre sonore sur son support matériel).

En cas de difficulté, le mieux est de contacter une société d'auteur. Celle-ci saura sans doute vous aider à retrouver et communiquer l'adresse des titulaires des droits. En final, si on ne peut identifier le titulaire des droits, le juge se substitue à l'auteur.

Cas particuliers

Matériel et logiciels

Copier, utiliser ou distribuer des logiciels sans licence est illégal et passible de poursuites judiciaires civiles et pénales. Il faut donc acquitter les licences de l'ensemble des outils servant à la création/maintenance du site.

Des alternatives existent :

- Sharewares : l'auteur propose une version complète de son logiciel afin que vous puissiez le tester. Si vous l'utilisez régulièrement, l'auteur s'attend à ce que vous lui achetiez une licence (dont le prix est généralement peu élevé : 10 à 30 €).
- Freewares : l'auteur propose son logiciel, non pas contre une contrepartie financière cette fois, mais il attend une collaboration intellectuelle (votre avis, le signalement des bugs) ou relationnelle (carte postale ; …)

Attention !

Il n'y a pas obligation de paternité : signaler l'origine des outils est même découragé puisqu'il s'assimilerait à un sponsorship !

Les outils sont souvent fournis avec des ressources (images, sons, vidéo, polices…). Ces ressources ne sont pas nécessairement libres de droits.

Une démarche simple et suffisante, dans le cas d'un site éducatif non commercial, consiste à s'acquitter de son droit d'utilisation de l'outil, et ensuite de considérer que les ressources non directement utilisables via l'outil (images, vidéo ou sons issus des documentations, logos, …) ne doivent pas être utilisées ; que les ressources directement utilisables (clipart par exemple) peuvent être modifiées et publiées.

Interview

Un interview est une oeuvre de collaboration sur laquelle interviewers et interviewés détiennent la qualité d'auteur. Il s'avère prudent pour l'école qui voudrait exploiter sur son site l'interview d'une personnalité faite par des élèves de conclure une convention afin de définir les droits de chacun sur l'interview.

Dans tous les cas, l'école doit toujours obtenir l'accord de la personne interrogée pour divulguer ses propos.

Hyperlien

Rajouter un hyperlien vers un site extérieur ne nécessite pas d'autorisation préalable. Mais cela est recommandé par la netiquette (règle tacite du bon usage sur l'internet). Cet hyperlien doit concerner une page, voir la page d'accueil du site cible. Il ne doit pas référencer directement une image, vidéo ou musique du site distant.

Une démarche prudente consiste à signaler le référencement auprès du site cible, notamment s'il s'agit d'un site commercial.

Forums de discussion

Les forums de discussion accessibles à chaque internaute sont considérés comme des services de communication audiovisuels et donc relèvent aussi de la réglementation de l'audiovisuel !! De ce fait, le responsable du site doit notamment déclarer le site auprès du Conseil Supérieur Audiovisuel (CSA) et auprès du procureur de la république du Tribunal de Grande Instance.
En pratique, il faut réaliser une page d'accueil sur Internet pour informer sur le service fourni et sur le nom des personnes responsables. Il est préférable de filtrer le contenu avant publication, de modérer le site.

Œuvres des professeurs et élèves

Une oeuvre peut être dite collective. La propriété de celle-ci appartient alors à la personne physique ou morale sous le nom de laquelle elle a été divulguée. Mais cette notion d'œuvre collective est floue.

Mieux vaut donc considérer que toute œuvre est une œuvre de collaboration. Dans ce cas, tout auteur dispose de ses droits. Il est alors préférable de faire signer un contrat de cession des droits d'auteur (de représentation et de reproduction) au personnel, aux parents, aux élèves participant au site (les parents pour les mineurs).

Droits connexes

Tout site exploitant des informations nominatives est assujetti aux dispositions de la loi "Informatique et libertés". Il doit être déclaré auprès de la CNIL. Même si peu de sites d'établissement sont enregistrés, cette déclaration permet de se conformer à la loi, crédibilise le site, et … est facile et rapide.

Le droit civil protège les individus et la société en général

Les droits à l'image sont destinés à faire respecter la vie privée de chaque personne, fut-elle inconnue ou mineure.

Des documents tels que images, écrits…, comportent parfois des éléments permettant d'identifier des personnes. Avant toute utilisation, il faut alors disposer de leur accord préalable (les parents pour un élève mineur) . Il faut que cette autorisation soit écrite et précise donc qu'elle mentionne expressément les utilisations autorisées, tant dans leurs étendues, leurs destinations, leurs localisations et leurs durées.

Léditeur du site (professeur, proviseur…) devra veiller à faire respecter la ligne éditoriale de l 'établissement ainsi que la loi.

A minima donc :

· protection des personnes identifiées : diffamation interdite, droit à l'image respecté,
· protection des mineures sur Internet : interdiction de contenus violents ou pornographiques, incitants à la consommation d'alcool ou de stupéfiants…
· protection de l'ordre public : interdiction de l'apologie des crimes contre l'humanité, du terrorisme, de la discrimination à l'égard d'une personne ou d'un groupe, de la propagation de fausses nouvelles, de l'incitation au vol et au crime, de la provocation au suicide, …

Attention, les marques, les appellations d'origine, sont protégées par les droits de propriété industrielle. Avant toute utilisation de ressources soumis à ce régime, le mieux est de contacter préalablement l'entreprise via son site web.

Conclusion

Tout cela semble compliqué, mais ne correspond qu'à une logique simple : rémunérer la création.

Le droit sur Internet se met en place et est parfois complexe. La tolérance juridique pour les sites non commerciaux est assez importante. La pratique juridique est ainsi parfois éloignée de la théorie. Pour autant, un minimum de prudence doit être de mise.

Le directeur de publication est la personne responsable de l'édition de contenu. Son rôle est primordial pour faire appliquer la seule démarche raisonnable : ne pas publier d'œuvres sans autorisation(s) écrite(s) préalable(s), réaliser ses œuvres dans un cadre protecteur pour l'établissement.

Hormis le fait de se mettre à l'abri de lourdes poursuites judiciaires, se conformer à la loi et le faire comprendre notamment aux élèves aura aussi quelques vertus pédagogiques telles que l'apprentissage du respect de l'autre.

Liens utiles

Régulateurs

- Le site du CNIL : www.cnil.fr
- Le site du CSA : www.csa.fr

Netiquette

- www.ensmp.fr/Fr/Services/AutresServeurs/netqu.html

Organismes gestionnaires de droits

- www.adami.fr (artistes et musiciens interprètes)
- Le site de la SACEM (auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) : www.sacem.fr
- www.sppf.com (producteurs de musique indépendants)
- www.sesam.org (contenus multimédia)
- www.scam.fr (réalisateurs, photographes, dessinateurs, écrivains)


Et beaucoup d'autres…

Ressources utilisables gratuitement

- www.legratuit.com
- www.freegaia.com
- www.zdnet.fr/logi/utilitaires (freeware, shareware, …)
- www.clip-art.com
- www.icinet.com

Et beaucoup d'autres via les moteurs de recherche

Compléments

- le site Educnet : www.educnet.education.fr
- Le site Cartables : www.cartables.net

CyberEcoles, 2000


Thème de la fiche déontologie, Internet et juridique
Auteur de la fiche
l'équipe de CyberEcoles
Contact Jeanne Suhamy
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