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Jacques Julien, professeur de lettres classiques et grand fédérateur des langues anciennes sur le Net, est responsable de l'atelier multimédia qui produit le site du collège Guy-Môquet à Gennevilliers. Cet établissement, situé en ZEP fait partie des établissements pilotes de l'Académie de Versailles. A l'occasion du salon multimédia de La Défense, il dresse pour CyberEcoles le bilan de quatre années difficiles et exaltantes, qui ont vu se renforcer la collaboration entre disciplines, entre élèves et enseignants, jusqu'au succès actuel qu'il décrit avec humour : "c'est la seule heure de la semaine où l'on peut presque entendre une mouche voler !" Grâce à une toute nouvelle forme de pédagogie interactive et transversale, les élèves ont appris peu à peu le sens de l'initiative et de la création personnelle. Le projet a reçu l'aide des cyber-volontaires d'Accenture.
Le collège Guy-Môquet est situé en ZEP, dans le quartier du Luth à Gennevilliers. C'est un collège de 700 élèves environ qui a une longue tradition multimédia (audiovisuel depuis 1980, informatique depuis 1986, Internet depuis 1995). Le collège fait partie des établissements pilotes de l'Académie et les nouvelles technologies sont inscrites dans le projet d'établissement. "L'atelier existe depuis quatre ans, dans
le cadre des ateliers du Conseil Général. Depuis deux
ans, cet atelier fait partie des ateliers NetPlusUltra du collège
(il y a par ailleurs un atelier bande dessinée et des ateliers
scientifiques pilotés par l'ANSTJ). Il a lieu dans la salle multimédia généraliste du collège, qui comporte quatorze postes en réseau dont douze ont un accès Numeris à Internet (l'ADSL est prévu d'ici début avril), plus un qui centralise la correspondance à partir d'une liaison classique par modem. Et enfin deux postes hors réseau pour l'instant permettent la gravure, le scan, et l'acquisition vidéo. Le collège dispose d'un appareil photo numérique."
"Une vingtaine d'élèves volontaires,
pas spécialement scolaires, de la 6e à la 4e, en accord
avec leur professeur principal, se réunissent en salle multimédia,
entre 12 h 30 et 13 h 15, le lundi, le mardi, le jeudi et le vendredi. L'encadrement est composé de huit professeurs permanents de disciplines variées (français, arts plastiques, E.P.S., latin, anglais, espagnol), auxquels s'adjoignent occasionnellement des professeurs qui viennent voir et aider à la rédaction de telle ou telle page (SVT, technologie), ce qui était voulu au départ, pour que les élèves apprennent, en voyant travailler ensemble des professeurs de matières différentes, à décloisonner eux-mêmes leurs apprentissages. Ces professeurs ne sont pas tous des fondus d'informatique. Si je m'occupe plutôt de la formation HTML, et mon collègue d'arts plastiques de la formation à l'image, les autres vont de l'utilisateur surfeur moyen au débutant complet. Nous avons aussi un accord de partenariat avec les cyber-volontaires d'Accenture, qui viennent de temps en temps soit donner de courtes formations (l'an dernier à Frontpage) ou aider les élèves à rédiger et à mettre en page. En outre, des élèves plus avancés en informatique servent de moniteurs aux autres, soit dans l'organisation (un élève de 3e gère l'organisation matérielle et assure parfois en période de conseils de classes l'encadrement de séances complètes), soit dans la pratique informatique (un élève de 4e est particulièrement chargé de l'arborescence du site et de sa mise en ligne, d'autres ont acquis une compétence sur l'image qu'ils sont contents de faire partager). Pour l'essentiel, le travail des professeurs consiste à aider les élèves dans l'expression, la correction et la mise en page, de les encourager à aller jusqu'au bout de leur tâche, de servir d'intermédiaire entre intervieweurs et interviewés, de recentrer tous les mois le travail en donnant à tous une vue d'ensemble du travail des participants, enfin, de relancer ceux qui ont fini un travail."
"Les élèves doivent avoir un projet au début de chaque séance : ce projet peut porter sur un contenu ("je vais faire une page sur telle ou telle sortie, préparer telle partie du voyage en Tunisie") ou sur l'acquisition d'une technique mal maîtrisée (apprendre à scanner, apprendre à sauver de Word en HTML, mettre en page, créer un fond transparent, faire de la superposition d'images, apprendre à composer un petit hypertexte sous Dreamweaver 2, qui est le logiciel que nous utilisons actuellement). Il arrive cependant que certains arrivent en disant : " J'ai fini l'interview sur le cirque. Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? " On ne peut pas avoir des projets spontanés à tout moment, et il arrive souvent que nous donnions des pistes ou distribuions des tâches. Peu à peu, se dessinent des compétences réelles en image, en HTML etc., mais la composition finale de pages supposant de maîtriser un peu tout, les élèves ne sont pas enfermés dans une activité, même si certains jouent incontestablement le rôle de référents. Karim est le Monsieur Technique 2000-2001 ; F. est le webmestre ; L, Sébastien, Jessica, Mohamed et Najib adorent l'image ; Laurence, Elodie se sentent journalistes. Nadeem et Emile sont toujours prêts à se mettre à la disposition du groupe pour faire un compte rendu ou élaborer des pages nouvelles. Dassau aimerait bien intégrer de la vidéo. Mais tous collaborent comme dans une vraie équipe de rédaction." "La première année, nous étions deux professeurs, un professeur de technologie et moi. Je prenais huit élèves le mardi soir, et lui huit autres élèves le mercredi après-midi. Il y avait des problèmes de communication entre les deux groupes, et j'ai fini l'année tout seul, avec un stock de textes ébauchés, peu de travaux vraiment menés à bien. De bonnes choses ont été produites, mais chacun travaillait dans son coin, enfermé dans sa tâche et sans réfléchir à ce qu'il voulait réellement. Tous savaient qu'on construisait un site sur le collège, sur Gennevilliers, sur Guy-Môquet, sur leurs activités péri-scolaires, mais ils évitaient certains sujets tout en fuyant sur des passions telles que les mangas, sans se rendre compte qu'il fallait écrire pour des destinataires, et ne pas reproduire ce qu'on trouvait partout, mais mettre en ligne un apport original. Il est vrai qu'Internet était nouveau et qu'il était difficile de contenir leur envie de surfer. Jusqu'à l'an dernier, nous devions veiller aux dérives du « surf perso » sur des sites sans rapport avec le travail commun. On appelait ça la pokémonite. Nous n'hésitions pas à exclure un élève pour une séance ou plus. L'année suivante, nous étions trois professeurs officiels, plus un professeur de français qui est venue nous aider en cours d'année. L'atelier a décollé, du fait des qualités d'organisation d'un collègue de techno, de l'enthousiasme de ce professeur de français. Passant à six l'année d'après, et encadrant près de quarante élèves dont certains ne venaient qu'une fois par semaine, nous avons rencontré quelques problèmes de communication entre les différents participants de la semaine. Nous ne recadrions pas suffisamment, faute d'avoir les mêmes élèves devant nous, et si le suivi du travail marchait bien, on ne savait plus très bien qui faisait quoi, et combien de travaux étaient prêts pour la mise en ligne. Cette année encore, la trentaine de volontaires du début s'est réduite à vingt. Certains auraient eu intérêt à rester. Mais il est inévitable qu'un tri naturel s'opère. Même si l'on travaille à faire passer les élèves du désir immédiat au sens d'un travail mené dans le temps et en commun avec d'autres, on ne réussit pas à tous les coups, et il faut faire à certains moments des choix pour que le groupe fonctionne, et que les enthousiasmes ne soient pas brisés par des conflits permanents, ou que les plus forts n'occupent pas tous les postes d'entrée au détriment de ceux, plus timides, qui font un véritable travail. Le contact avec les professeurs principaux est lourd à gérer semaine après semaine. Le but est que les élèves transfèrent ce qu'ils ont acquis dans une ambiance tout à fait différente de celle d'une classe normale - les professeurs qui se sont joints à nous cette année disent qu'ils n'ont jamais approché les élèves de si près, et sont étonnés de leurs qualités d'initiative - dans un contexte de classe quotidien. Il nous semble que ce n'est pas tellement les résultats chiffrés qui changent dans l'immédiat, mais le comportement des participants au groupe, qui sont de plus en plus calmes - c'est la seule heure de la semaine où l'on peut presque entendre une mouche voler -, se sentent plus « au centre » de la vie de l'établissement, et ils acquièrent indéniablement confiance en eux, maturité et habitude du travail d'équipe. Nous attendons les résultats du deuxième et du troisième trimestre pour pouvoir faire un bilan du réinvestissement. Ce qui est sûr, c'est que cela a d'autant mieux marché qu'un grand nombre d'enseignants du collège se sont impliqués. La deuxième condition est de s'en tenir à un nombre raisonnable d'élèves (pas plus de 20-25) venant au moins deux fois par semaine. Le reste est du domaine de la dynamique de groupe, laquelle ne relève pas simplement d'une technique, mais ressemble parfois à l'art culinaire. Ce qui est encourageant, c'est que les élèves de troisième de l'an dernier ou d'il y a deux ans nous signalent des liens brisés, nous donnent des conseils, voudraient même refaire le site avec nous parce qu'il n'est pas assez vivant, qu'il n'est pas assez flash ou « image animée ». Décidément, la nostalgie n'est plus ce qu'elle était !" Jacques Julien est également le grand maître des Langues anciennes sur le web : il est l'auteur du site carnet d'adresses en langues anciennes que tous les latinistes et hellénistes connaissent bien : www.ac-versailles.fr/... © CyberEcoles, Ariel Suhamy, février 2001
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