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L'organisation d'un voyage scolaire
en Angleterre par des collégiens
Josiane Ranguin, professeur
d'anglais
Pouvez-vous présenter le projet informatique que vous avez monté
cette année ?
"Il s'agit d'un projet de correspondance
par mail avec un collège britannique, à Greenwich, qui a son propre
site (hébergé en Finlande). Je l'ai monté avec des élèves volontaires
de cinquième, qui suivent une spécialité en informatique et communication.
Le projet s'inscrit dans le cadre d'un projet plus vaste, intitulé
"Net plus ultra" et organisé par le Conseil Général des Hauts de
Seine. Au départ, ce projet s'adresse en priorité à des élèves en
difficulté :
il s'agit de monter des ateliers en nouvelles technologies qui impliquent
ces élèves par petits groupes et leur donne une forme d'autonomie
en les initiant à une technologie spécifique. Nous avons ainsi huit
élèves volontaires qui travaillent dans la salle informatique à
raison d'une heure trente par semaine, puis c'est toute la classe
qui prend le relais et participe au projet. Ce qui est précieux
c'est la collaboration entre les élèves dits en difficulté et les
autres. Cela permet de réduire la fracture, chacun apportant à l'autre
ses compétences propres. Le projet a conduit cette année à organiser
un voyage scolaire à Greenwich (ville qui se situe dans une zone
relativement peu favorisée de l'Angleterre) ; ce voyage scolaire
a eu lieu au mois d'avril de cette année, et s'est passé admirablement.
Chaque élève a été hébergé sur place par une famille d'accueil.
Le voyage a été entièrement organisé via Internet, par les élèves
eux-mêmes, qui ont ainsi pu acquérir une autonomie qui leur sera
utile par la suite.
Mais - et c'est là que le projet prend une dimension
exemplaire - le voyage ne s'arrête pas là, car bientôt le site Internet
que les élèves ont bâti au cours de l'année rendra compte de l'expédition,
dont ils ont rapporté un carnet de bord individuel rédigé par chacun
au cours du voyage : à présent ils s'occupent à le retranscrire
sous Frontpage pour reporter leurs impressions de voyages sur le
site. C'est donc un vaste projet qui les aura occupé tout au long
de l'année."
Que trouve-t-on sur le site ? Peut-on déjà le consulter ?
"Le site n'est pas encore consultable sur
Internet*, mais c'est une question de semaines ou de jours. Outre
la présentation classique du collège, avec la visite virtuelle,
les horaires, etc., on trouvera donc un dossier sur le voyage de
l'année. Il y aura huit pages en tout, quatre en français et quatre
en anglais : il faut se souvenir que ces élèves de cinquième n'en
sont qu'à leur deuxième année d'anglais et que les difficultés ne
sont pas seulement d'ordre technique ! A la fin de l'année, nous
présenterons lors de la traditionnelle réunion parents-professeurs
ces pages aux parents qui pourront ainsi prendre la mesure du travail
accompli par leurs enfants et par les enseignants."
* site provisoire : http://www.chez.com/cyberecoles
Quelles difficultés avez-vous rencontrées en préparant le projet?
"Les difficultés inhérentes à ce genre de
projet : il faut gérer l'organisation, la communication en langue
étrangère, etc. Mais les principales difficultés, bien entendu,
étaient d'ordre technique, puisque c'est cela qui faisait l'originalité
du projet."
Avez-vous reçu vous-même une formation en nouvelles technologies
?
"Il est certain que je suis déjà impliquée
dans les nouvelles technologies, par goût personnel, et j'ai obtenu
un DESS en nouvelles technologies à Poitiers ; j'ai pu aussi bénéficier
d'un stage de création de logiciels éducatifs. D'autre part nous
avons la chance dans mon collège de bénéficier d'une salle informatique
très performante, avec un nombre suffisant de postes, ce qui n'est
pas donné à tous les établissements. Cependant, pour la création
du site, il fallait rédiger des pages web, et par conséquent être
initiée à Front Page, ce que je n'aurais pu faire toute seule. C'est
ici que les cybervolontaires se sont montrés précieux."
En quoi a consisté cette aide ?
"Essentiellement à aider à la prise en main
du logiciel, qu'ils sont venus régulièrement expliquer directement
aux élèves. Ils étaient quatre, et venaient parfois seuls, parfois
à plusieurs (deux ou trois). Le but était de ne pas dire tout de
suite aux élèves comment faire, mais de leur apprendre à maîtriser
l'outil par eux-mêmes. Cela prend plus de temps au départ, mais
paye à terme.
Les élèves disent ce qu'ils veulent obtenir, et on leur explique
comment le faire, on ne le fait jamais à leur place. Outre leur
compétence technique, les cybervolontaires ont l'habitude de gérer
des groupes, et de s'impliquer dans leur travail. Ils ont donc été
très bien reçus par les élèves, qui au départ avaient un peu tendance
à les considérer comme des animateurs de centre aéré, des "grands
frères", mais qui ont vite perçu leur fonction réelle. Une excellente
relation s'est instituée entre eux, et les élèves ont au terme de
l'année acquis l'autonomie nécessaire, qui leur permettra de former
à leur tour leurs camarades.
Je définirais les cybervolontaires comme des facilitateurs,
qui apportent une aide aux élèves tout en formant aussi les enseignants.
Ils sont en situation de collaboration, ils n'entament pas l'autorité
du professeur car ce qu'ils apportent n'est pas un savoir, mais
un savoir-faire ; mais ce savoir-faire se transforme en fin de compte
en un savoir-être : ils sont porteurs de valeurs morales, ils participent
à la constitution d'un groupe qui apprend à collaborer, qui apprend
la vie en communauté mieux qu'avec des discours, par une pratique
concrète. C'est ce en quoi l'apprentissage de la technique est aussi
celui d'une culture. Apprendre à collaborer, c'est apprendre à se
connaître, c'est une école de tolérance. On a ainsi vu des comportements
erratiques au départ se modifier vers une tolérance mutuelle."
Quel est le bilan de l'entreprise ? Et quelles sont les perspectives
d'avenir ?
"Le bilan est très positif, et nous envisageons
de poursuivre l'expérience par une deuxième année, pour laquelle
nous espérons avoir encore le soutien des cybervolontaires. Il faut
se souvenir qu'il est très difficile, pour un professeur, de suivre
des stages de formation, soit que ce ne soit pas proposé, soit qu'il
ne puisse sacrifier ses mercredis pour s'y rendre. Or l'apprentissage
de l'informatique joue aujourd'hui le même rôle que celui de la
lecture et de l'écriture autrefois, qui fut imposé pour former les
"soldats de la République "
© CyberEcoles, Ariel Suhamy,
mai 2001
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