Internet dans les lycées allemands

Ralph Schulte et Sonia Riedl, enseignants allemands

1. La place d'Internet en Allemagne

2. La place de l'entreprise dans les lycées allemands

3. La perception d'Internet par les élèves allemands

"Dans chaque école, on constate une importance grandissante de l'Internet."

Pour cette rentrée, CyberEcoles se met à l'heure de l'Europe et reçoit deux enseignants venus d'Allemagne. La plupart des enseignants allemands pratiquent une double disciplinarité : dès le début de sa formation, chaque professeur choisit deux matières qu'il enseignera tout au long de sa carrière. Ainsi Ralph Schulte et Sonia Riedl, tous deux professeurs en lycée près de la célèbre ville universitaire de Heidelberg, enseignent à la fois l'histoire et le français. La région, essentiellement ouvrière, est très marquée par une grande entreprise de produits chimiques, qui fait sentir son influence. CyberEcoles les a donc tout naturellement interrogés non seulement sur la place d'Internet au lycée, mais aussi sur la présence de l'entreprise privée dans les écoles allemandes, beaucoup plus marquée et acceptée qu'en France.

Quelle est la place d'Internet aujourd'hui en Allemagne dans les lycées et dans votre expérience pédagogique ?

Ralph Schulte : "Dans chaque école on constate aujourd'hui une importance grandissante de l'Internet. D'autre part, presque chaque foyer en Allemagne a aujourd'hui un accès à Internet. Dans mon travail de professeur j'ai réellement besoin d'informations et de documents que je ne peux pas trouver en Allemagne : en classe de français, nous allons suivre par exemple l'actualité politique dans nos cours, et je suis toujours à la recherche des journaux, des articles qui pourront enrichir le cours, notamment les caricatures, avec lesquelles je peux introduire une séquence pédagogique. Pour cela Internet est un merveilleux instrument de travail. D'autre part je fais travailler les élèves sur Internet, et cela de multiples manières. Comme la plupart des élèves sont équipés à la maison, on peut leur demander de chercher des informations sur tel ou tel sujet pour le cours suivant. D'autre part nous avons à l'école une salle d'informatique, ce qui pose évidemment le problème de trouver des professeurs qui aient une compétence technique et qui sachent travailler avec l'ordinateur. Cela représente comme une troisième discipline ! Actuellement très peu en sont capables. Néanmoins la salle est disponible, on peut y venir avec sa classe et y faire travailler les élèves, leur faire faire des recherches documentaires, sur des sites français qui leur donnent un accès immédiats aux informations. Les élèves apprécient de plus en plus, à tel point qu'il va bientôt falloir ouvrir d'autres salles pour répondre à demande ! De ce point de vue, il y a une carence, pour laquelle nous ne refuserons pas une aide de la part de l'entreprise privée."

Sonia Riedl :"En général, on peut dire que les élèves sont absolument ravis d'utiliser l'Internet – mais, naturellement plutôt pour leurs intérêts privés : résultats sportifs ou chat, que pour les intérêts scolaires. Mais ils s'intéressent aussi aux Encyclopédies, ce qu'il faut encourager. Ils peuvent aussi utiliser l'ordinateur pour rendre une copie ; et l'on voit bien quand ils ont copié les textes ! Il n'y a pas à s'inquiéter de ce côté là. Je les encourage au contraire à faire des recherches pour préparer leurs dossiers. Il suffit de faire un petit cours pour qu'ils sachent utiliser les logiciels pour écrire en français avec les accents, etc. et j'approuve tout à fait les logiciels de correction, qui jouent le rôle de professeur de soutien à la maison, comme si chacun avait un parent professeur de français. Il n'y a pas pour autant de progrès manifeste dans l'apprentissage de la langue, mais il y en a un dans la méthode de recherche."

Quelle est la place de l'entreprise privée dans les écoles allemandes ? Cette présence ne fait-elle pas débat en Allemagne ?

Sonia Riedl : "Comme mon collègue l'a dit tout à l'heure, les lycées sont pauvrement équipés en informatique, par rapport à la demande. Le soutien de l'Etat existe, mais il est faible par rapport aux besoins actuels, notamment dans les lycées généralistes. L'an passé j'ai travaillé dans un lycée professionnel, dans lequel nous disposions d'un formidable équipement, parce que les entreprises privées ont un grand intérêt à ce que leurs futurs employés soient bien instruits de l'informatique : c'est pourquoi ils sont prêts à financer l'équipement. Je ne crois pas pour ma part que ce soit une mauvaise solution : les entreprises doivent avoir intérêt à la question de la formation des élèves. Puisque de toutes façons, tout moteur de recherche est accompagné de publicité, il serait hypocrite de rejeter l'entreprise au moins pour équiper les écoles. Beaucoup d'enseignants s'inquiètent et s'imaginent que leurs cours vont être accompagnés de publicités : « ce cours a été financé par telle entreprise » ! Pour ma part je ne vois pas où est le danger. Bien sûr, cela crée une dépendance, mais je ne vois pas comment l'entreprise pourrait pour autant influencer l'école et son enseignement qui reste autonome. On aimerait aussi bénéficier de l'aide de techniciens d'une entreprise pour prendre en charge de temps à autre la gestion des ordinateurs. Les professeurs en ont vraiment besoin."

© CyberEcoles, Ariel Suhamy, septembre 2001

Année du projet
2000-2001
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Classe collèges-lycées
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