Les écoliers de Lalla Méryem
L'association "Crayons de couleur"
a pour objectif de soutenir la lutte contre le travail des enfants,
en faisant participer des écoliers du monde entier à
l'écriture d'un grand livre, recueil de contes illustrés
et de reportages qui mettront en lumière la richesse des
diversités culturelles de leurs pays. L'association Crayons
de couleur avec l'aide de l'Unicef et d'associations ont établi
une liste d'écoles créées pour scolariser des
enfants qui travaillent pour vivre. Les droits d'auteur seront reversés
aux associations grâce auxquelles ces enfants, qui travaillaient
pour vivre, sont maintenant scolarisés. Sophie Besse et Marie-Eve
Coulomb, fondatrices du projet, racontent l'esprit de leur action.
Tous
les enfants du monde ont une histoire à nous conter : leur
histoire, celle de leurs frères, de leur morceau de terre...
Et si cette histoire, ils la racontaient ensemble, pays après
pays, en participant à l'écriture d'un grand livre
de contes, avec leurs mots d'enfants et leurs dessins. Lors de précédents
voyages au Vietnam, au Mexique, au Liban ou en Croatie, les enfants
nous ont touchées par leur joie de vivre et par la spontanéité
avec laquelle ils venaient nous parler.
Pour apprendre la solidarité et la tolérance, nous
voulons tendre la main à ces enfants d'ailleurs, leur tendre
des crayons de toutes les couleurs, celles qu'ils portent en eux
et qui composent leur coin de planète.
Nos
petits conteurs du bout du monde vont partager ensemble une belle
aventure : écrire et illustrer un livre, fruit de leurs rêves
et de leurs cultures, imaginé par les enfants pour les enfants.
Des écoles noyées dans le bruit des grandes villes
aux salles de classe perchées sur le toit du monde, nous
nous laisserons guider... une année pour ouvrir les pages
blanches d'un grand livre où chacun trouvera sa place.
Dans un monde où l'on est pressé de
vivre, nous avons choisi l'écriture, le temps d'un conte,
porte ouverte sur le monde, le rêve et le dépaysement,
afin d'inciter petits et grands à partir à la rencontre
des autres..
La première étape
de l'équipe Crayons de Couleur
L'école
Lalla Myriem qui se situe à Casablanca, capitale économique
du Maroc, dans le quartier populaire de Sidi Othmane. Elle porte
le nom de la Princesse Lalla Méryem, soeur du roi Mohamed
VI.
Créée en 1966, cet établissement
public d'enseignement primaire est dirigé par Abdelkader
Khaldoune. Il accueille 720 élèves, répartis
dans 16 classes, de la première à la sixième
année du cursus scolaire.
L'école possède un espace vert, où
les élèves apprennent à cultiver la terre,
à aimer les plantes et à aménager leur environnement.
Elle comporte aussi plusieurs ateliers : théâtre, culture,
écriture, beaux-arts et éducation féminine.
Lalla Méryem a participé à plusieurs festivals
et événements nationaux. Elle a accueilli le premier
festival des activités éducatives et culturelles,
où elle a reçu le premier prix de l'écriture
arabe
Grand amateur de théâtre, le directeur a encouragé
ses élèves à présenter plusieurs pièces
pendant les fêtes nationales et religieuses. L'école
a ainsi réussi à se classer quatrième lors
du festival de théâtre organisé en 1999 par
l'Institut français de Casablanca.
En traversant le hall qui mène aux classes,
nous découvrons deux grandes fresques réalisées
par les étudiants des Beaux-Arts, selon les directives des
enfants.
Alors que nous dégustons le traditionnel thé
à la menthe dans le bureau du directeur, Abdelkader Khaldoune,
nous sommes rejoints par deux professeurs de français, Ali
et Aomari, qui nous aideront à réaliser l'atelier
d'écriture.
Nous expliquons le projet "Crayons de Couleur"
aux enfants : "Vous allez imaginer, tous ensemble, une histoire
à travers laquelle d'autres enfants pourront découvrir
votre pays et ses traditions."
Rassemblés par petits groupes, les écoliers
se lancent dans un premier récit en toute liberté,
la seule contrainte étant d'écrire un conte ayant
pour unité de lieu le Maroc. Penchés en demi-cercle
sur un cahier, Asna, Marwane, Djamila et leurs camarades prennent
des airs graves, parfois entrecoupés de rires et de chuchotements.
L'heure de la lecture a sonné... Au fil des récits,
ce sont autant de sorcières et de monstres menaçants
qui débarquent en pagaille sous nos yeux.
Afin de trouver un meilleur compromis entre le récit
fantastique et la présentation de leur pays, nous proposons
aux enfants de nous parler du Maroc, de ses villes, de la vie à
la montagne et dans le désert, des personnages typiques,
de l'artisanat et des objets particuliers qu'on y trouve, etc. Ils
s'étonnent presque que kaftan, djellaba et babouches soient
une particularité vestimentaire peu répandue dans
d'autres pays.
Après avoir longuement parlé de ce
qui compose la vie marocaine, nous demandons aux enfants d'écrire
un conte, en trois parties, qui comportera certains des éléments
énoncés.
Notre héros, "un garçon car il
a plus de courage" selon les filles, s'appelle Anass. Ses aventures
commencent dans la médina de Fès où il vit.
Pour sauver son père, gravement malade, le jeune garçon
part à la recherche d'une plante miraculeuse. Sa quête
le mènera des montagnes du Haut-Atlas aux dunes du Sahara,
à la rencontre de personnages étranges qui l'aideront
ou le mettront à l'épreuve. A suivre...
Au fil des séances, le conte prend forme et
les enfants s'animent.
Une journée entière sera consacrée
à la réalisation de dessins d'illustration du conte
mais aussi de paysages, maisons ou plats typiques du Maroc. Les
crayons de couleur roulent sur la table, les feutres volent de main
en main tandis que se dessinent sur les feuilles blanches mosquées,
villages de montagne, hommes bleus à dos de chameaux et bien
d'autres paysages.
Sophie se penche sur un dessin et me conseille d'aller
y jeter un coup d'oeil. J'éclate de rire en découvrant
que Fatima a réalisé une réplique de moi-même,
caméra à la main, dans un souci du détail scrupuleux.
Seule fantaisie : mes cheveux sont blonds ! Un dessin de Sophie,
suivra quelques minutes plus tard : en blonde également.
Dans l'esprit des enfants, une européenne est toujours blonde,
même si le modèle atteste du contraire en chair et
en os.
C'est un festival de couleur, pour ce dernier jour
avec les enfants, que nous quittons un paquet de dessins sous le
bras et des sourires plein la tête.
© CyberEcoles, novembre 2001
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